TERRITOIRE

L’évolution de la gestion des territoires w8banakiak entre la Proclamation royale et la fin du XIXe siècle suit deux tendances résultantes : la première, de la Proclamation royale à 1830, est liée à la restriction des territoires causée par l’immigration des loyalistes et des colons, et la deuxième, à partir de 1830 jusqu’à 1890, marque le déplacement de la population w8banakiak vers le nord de la Mauricie.

Dans notre corpus il y a des pétitions, des comptes-rendus, des journaux rédigés par des employés dans les postes de traite de la Compagnie de la Baie d’Hudson, des correspondances, des lettres et des rapports. Les correspondances présentes sont des réponses tardives et unidirectionnelles. Généralement, le contenu des documents est intimement lié au destinataire en raison du pouvoir administratif qu’il possède vis-à-vis la situation. Afin de bien analyser ce corpus hétérogène, nous avons favorisé la technique du général au précis. Nous avons commencé avec les informations générales tirées de nos sources, pour les mettre dans un tableau Excel , pour les ordonner et créer un graphique qui va démontrer les tendances soulevées au travers du projet.

Restriction des territoires

Selon la première tendance observée, entre la Proclamation royale (1763) et 1830, les W8banakiak possédaient un large territoire appelé le Ndakina. Au fil du temps, ce territoire fut drastiquement réduit à la suite de la guerre du Roi Philip (1670-1678) et l’invasion territoriale des Yankees qui s’intensifie en 1777. Ceux-ci forcèrent les communautés w8banakiak du sud du Ndakina vers le nord, principalement vers Odanak, qui deviendra la plus grande communauté w8banaki.

Comme le mention l’anthropologue Claude Gélinas, « peu de temps après la Conquête, les [W8banakiak] d’Odanak ont commencé à porter plainte auprès des autorités politiques contre l’empiétement des Canadiens sur leurs terres de chasse »[1]. En effet, une migration des colons et des loyalistes sur les territoires des W8banakiak au sud du Québec oblige le déplacement des territoires de chasse de la communauté vers territoires de chasses. Elle marque également l’augmentation de pétitions des W8banakiak pour l’obtention de terres agricoles et la réobtention de leurs territoires.

[1] Claude Gélinas, « La Mauricie des Abénaquis au XIXe siècle », Recherches amérindiennes au Québec, vol. 33, no 2, 2003, p. 45.

« All that surprizes & alarms us is, that some of these new settlers have told to some of our People, that they should not hunt within their Right. »

Extrait d’un compte-rendu datant de 1766 présenté aux gouverneurs de New York et de Québec.

Territoires revendiqués entre 1760 et 1890 en Mauricie

Territoire du Ndakina et nouveaux territoires de chasse w8banakiak

Déplacement de la population

À partir des années 1830, une seconde tendance se déploie : les W8banakiak seront portés à se déplacer vers le nord du St-Laurent, s’introduisant sur des terrains de chasse algonquins. Les conflits entre les communautés sont imminents puisque les Algonquins possèdent un système de droits flexibles pour garantir un accès individuel équitable aux ressources et assurer le besoin de subsistance de leur communauté (Gélinas, 2000). Ils rédigent donc plusieurs pétitions afin d’éloigner les W8banakiak de leur territoire.

Les Algonquins vont également demander la création de territoires réservés afin d’obtenir une meilleure autonomie de chasse et d’agriculture. Comme précise l’historien Alain Beaulieu, la création d’un espace réservé devient une solution au manque de terre dans la colonie et l’accaparement des territoires de chasse par les colons. Vis-à-vis ces pétitions les W8banakiak utilisent plusieurs arguments pour justifier leur fréquentation en territoires algonquins. Ils mettent l’accent sur leur situation territoriale et leur situation socio-économique.

Pour conclure, en première tendance la communauté w8banaki perd une grande partie de son territoire de chasse, dû à l’installation des colons. En découle la deuxième tendance, de 1830 à 1890, ils vont se déplacer vers le nord, ce qui cause des frictions territoriales avec les Algonquins.

Bibliographie

Sources

B.A.C., MG11, C042, bob.4M00-2801 A, vol. 26, f. 278-279.

Gordon Day « Western Abenaki », dans The Smithsonian Handbook of North American Indians, Volume 15: The Northeast, dir. Bruce Trigger (Washington, D.C.: Smithsonian Institution, 1978), pp.

Études

Beaulieu, Alain, Stéphan Gervais, et Martin Papillon, dir., Les Autochtones et le Québec : Des premiers
contacts au Plan Nord, Montréal, Presses de l’Université de Montréal, 2013, 405 p.

Gélinas, Claude, « La Mauricie des Abénaquis au XIXe siècle », Recherches amérindiennes au Québec, vol. 33, no 2, 2003, p. 44-56.

Gélinas, Claude,  La gestion de l’étranger. Les Atikamekw et la présence Eurocanadienne en Haute-Mauricie 1760-1870, Québec, Septentrion, 2000, 384p.

Pour en savoir plus…

Bouchard, Isabelle, « Des systèmes politiques en quête de légitimité : terres “seigneuriales”, pouvoirs et enjeux locaux dans les communautés autochtones de la vallée du Saint-Laurent (1760-1860) », thèse de doctorat (histoire), Université du Québec à Montréal, 2017.

Gélinas, Claude, « La Mauricie des Abénaquis au XIXe siècle », Recherches amérindiennes au Québec, vol. 33, no 2, 2003, p.44-56.

Gill, Lucie, « La nation abénaquise et la question territoriale », Les Abénaquis au Québec: des grands espaces aux luttes actuelles, vol. 33, no 2, 2003, p.71-74. 

Réalisée par Charles-Hugo Grondin, Myrelle Paradis, Frédérique Tremblay et Xavier Vigneault.

Texte réalisé par: Charles-Hugo Grondin, Myrelle Paradis, Frédérique Tremblay et Xavier Vigneault.